
Depuis plusieurs décennies, la prévention des risques professionnels s’est structurée autour d’outils et de démarches désormais bien installés : observation des situations de travail, analyses de postes, retours des salariés, indicateurs de sinistralité. Ces approches ont permis de faire progresser la prise en compte de la santé au travail, mais elles montrent aujourd’hui leurs limites, en particulier lorsqu’il s’agit de risques physiques. La charge musculaire réelle, la fatigue qui s’installe au fil du temps ou l’exposition cumulative à des contraintes biomécaniques restent difficiles à caractériser précisément. Faute de données objectives, la prévention repose encore largement sur des estimations, des ressentis et des constats ponctuels.
Dans ce contexte, un changement s’opère progressivement. Les avancées technologiques permettent désormais de rendre visibles des phénomènes longtemps restés invisibles, en mesurant directement certaines contraintes physiques en situation de travail réelle. L’enjeu n’est pas de complexifier les démarches existantes ni de remplacer l’expertise humaine, mais de la compléter par des indicateurs fiables et mesurés, capables d’éclairer les décisions de prévention. Cette évolution marque l’entrée de la prévention dans une nouvelle ère : une prévention plus objective, mieux outillée, et davantage connectée à la réalité du travail.
En matière de prévention des risques physiques, un même constat revient souvent sur le terrain : le risque est identifié, mais difficile à caractériser précisément. Les professionnels savent qu’un poste est exigeant, qu’un geste est contraignant ou qu’une organisation génère de la fatigue, sans toujours pouvoir en mesurer l’intensité réelle. L’observation, l’analyse ergonomique et le dialogue avec les salariés restent indispensables, mais ils atteignent leurs limites lorsqu’il s’agit d’appréhender la charge interne du travail, celle qui s’exerce directement sur le corps et qui évolue au fil du temps.
Certaines contraintes physiques restent en effet peu visibles à l’œil nu : niveau d’effort musculaire mobilisé, variabilité des sollicitations au cours de la journée, apparition progressive de la fatigue, différences interindividuelles face à une même tâche. Sans mesure, ces phénomènes sont souvent appréhendés de manière indirecte, à travers le ressenti ou des indicateurs tardifs comme la douleur ou l’apparition de TMS. Introduire des mesures objectives permet de changer de perspective : il devient possible de compléter l’expertise terrain par des données physiologiques, comparables et traçables, pour mieux comprendre les situations de travail réelles. L’enjeu n’est pas de remplacer l’analyse humaine, mais de la renforcer, en apportant des éléments concrets pour objectiver les expositions et éclairer les décisions de prévention.

Parmi les technologies mobilisées pour objectiver les risques physiques, l’électromyographie de surface (EMG) occupe une place particulière. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas d’une innovation récente ou expérimentale. L’EMG est utilisée depuis plus de trente ans en physiologie, en biomécanique et en ergonomie, et fait l’objet de consensus scientifiques internationaux. Elle repose sur un principe simple : mesurer l’activité électrique produite par les muscles lors de leur contraction, afin de caractériser l’effort fourni et son évolution dans le temps.
Appliquée à des situations de travail réelles, l’EMG permet d’apporter des indicateurs objectifs sur des phénomènes difficiles à observer autrement. Elle renseigne sur le niveau d’activation musculaire, la variabilité des sollicitations, l’organisation de l’effort et l’apparition progressive de la fatigue. Des méthodes de référence, comme l’Exposure Variation Analysis (EVA) ou la Joint Analysis of EMG Spectrum and Amplitude (JASA), ont notamment montré la capacité de l’EMG à distinguer les effets liés à la charge mécanique de ceux liés à la fatigue musculaire. Ces apports sont particulièrement pertinents en prévention des TMS, où la répétitivité, l’intensité de l’effort et le manque de récupération jouent un rôle central. L’enjeu aujourd’hui n’est donc plus de démontrer la validité scientifique de l’EMG, mais de rendre son usage fiable, lisible et réellement utile pour la prévention sur le terrain.
Si les technologies de mesure ouvrent de nouvelles perspectives en prévention des risques physiques, leur apport réel dépend largement de la manière dont elles sont utilisées. La littérature scientifique (Utilisation de dispositifs mesurant l'activité humaine au travail : quelles précautions dans une démarche de prévention des risques professionnels ?, INRS, publié en 2025) est claire sur ce point : la fiabilité des données repose autant sur la qualité des protocoles, la rigueur des conditions de mesure et l’interprétation des résultats que sur la performance des capteurs eux-mêmes. Sans cadre méthodologique structuré, le risque est de produire des données difficiles à comparer, peu lisibles pour les acteurs de terrain et, in fine, peu utiles pour orienter les décisions de prévention.
C’est précisément pour répondre à cet enjeu que l’approche développée par Léonard ne se limite pas à une mise à disposition d’outils technologiques. Léonard s’appuie sur une méthodologie complète, issue de la recherche, combinant des protocoles standardisés, des outils d’analyse automatisés et un accompagnement conçu pour les usages réels des professionnels de santé et de l’ergonomie en entreprise. L’objectif est clair : faciliter le quotidien des acteurs de la prévention, en leur fournissant des données fiables, compréhensibles et directement exploitables. En structurant la collecte et l’analyse des mesures, cette approche permet de sécuriser les interprétations, de gagner du temps et de soutenir le dialogue avec les décideurs, en s’appuyant sur des éléments objectivés et partagés.

Les risques physiques ne se manifestent pas de la même manière selon les secteurs d’activité, mais ils partagent des mécanismes communs : efforts musculaires soutenus, répétitivité des gestes, postures contraignantes, manque de récupération. Une approche pertinente en prévention doit donc être capable de s’adapter à des contextes de travail très variés, sans perdre en fiabilité ni en lisibilité. C’est précisément ce que montre le déploiement des démarches de mesure objective dans des secteurs aux réalités parfois opposées, mais confrontés aux mêmes enjeux de santé physique.
Cette approche est aujourd’hui mobilisée dans des environnements aussi divers que l’agroalimentaire, le tertiaire, les métiers de précision et la maroquinerie, les services à la personne, la logistique, le BTP ou encore l’industrie. Dans chacun de ces secteurs, les situations de travail diffèrent fortement, tout comme les contraintes organisationnelles ou les marges de manœuvre en prévention. Pourtant, l’objectivation de la charge physique et de la fatigue musculaire apporte un socle commun : elle permet de mieux comprendre le travail réel, de comparer des situations a priori très différentes et de structurer des actions de prévention adaptées au terrain. Cette capacité à s’inscrire dans des contextes variés constitue un indicateur fort de la robustesse et de l’opérationnalité de la démarche.
L’évolution des technologies de mesure en prévention s’accompagne d’un besoin de reconnaissance institutionnelle et scientifique, gage de crédibilité pour les entreprises et les acteurs de la prévention. En 2025, Léonard a été labellisé French Tech DeepTech par Bpifrance, une distinction qui reconnaît la solidité de son programme de recherche sur la fatigue musculaire, mené en partenariat avec un laboratoire de référence. Cette reconnaissance souligne la capacité de Léonard à s’appuyer sur des bases scientifiques robustes tout en développant des solutions applicables en conditions de travail réelles.
Par ailleurs, Léonard est officiellement reconnu comme Intervenant en Prévention des Risques Professionnels (IPRP). Cette reconnaissance réglementaire renforce son rôle aux côtés des entreprises et des acteurs de la prévention pour prévenir les risques professionnels, améliorer les conditions de travail et accompagner durablement la performance humaine. Elle permet également aux entreprises accompagnées de bénéficier plus facilement de dispositifs de financement dédiés à la prévention, comme le FIPU, pour leurs projets de prévention des risques ergonomiques. L’innovation technologique s’inscrit ainsi dans un cadre structuré, reconnu et directement utile pour faire avancer des démarches de prévention concrètes et accessibles.
La prévention des risques physiques entre aujourd’hui dans une phase de transformation, portée par des technologies capables de rendre visibles des contraintes longtemps difficiles à objectiver. En s’appuyant sur des méthodes scientifiques éprouvées et des démarches adaptées au terrain, il devient possible de mieux comprendre le travail réel et de structurer des actions de prévention plus éclairées. L’enjeu n’est pas la technologie pour elle-même, mais sa capacité à soutenir des décisions utiles, partagées et durables, au service de la santé physique et de la performance des organisations.